Diagnostiqueur à tout prix !

 Toute profession abrite ses escrocs et ses fraudeurs. Le diagnostic immobilier ne fait pas exception. Le quotidien Le Parisien, dans son édition du 14 septembre, relate l’affaire d’un diagnostiqueur condamné par le tribunal de Beauvais à douze mois de prison avec sursis pour faux et usage de faux en écriture et à cinq ans d’interdiction d’exercer la profession de diagnostiqueur immobilier. Des peines très lourdes. Il faut dire que notre homme a exercé pendant plusieurs mois avec un faux certificat de compétences et une fausse assurance professionnelle.

Christian D., 63 ans, gérant d’une entreprise de maçonnerie dans l’Oise, découvre le métier de diagnostiqueur en 2008. Persuadé que ce métier est fait pour lui, il s’inscrit à une formation du Cesi pour apprendre son nouveau métier. Seulement voilà, à la fin de sa formation, il ne peut pas payer  les 3500 euros supplémentaires pour obtenir les certifications. « Je n’avais pas les moyens » se justifie-t-il au tribunal, rapporte Le ParisienÇa m’a gêné, mais tant que je ne pouvais pas payer, j’étais pris dans le système ».

Qu’à cela ne tienne, une si belle vocation ne saurait souffrir d’un si petit obstacle : à l’aide d’un scanner et d’un ordinateur, il se fabrique un faux certificat de compétences en utilisant le logo du Cesi. L’organisme de formation n’étant pas (encore) accrédité par le Cofrac pour délivrer des certifications aux diagnostiqueurs, la manœuvre est grossière mais il n’hésitera pas à adresser le document à la Chambre des notaires de l’Oise.

Nanti de son nouveau sésame, il se lance enfin dans le diagnostic immobilier avec le secret espoir  de pouvoir  financer rapidement de vraies certifications à l’aide de ses premières missions. Il vendra d’ailleurs ses prestations à 450 clients pendant près de trois ans. Des prestations facturées « entre 150 et 400 euros » précise Le Parisien.

Seulement voilà, le diagnostic immobilier est un métier difficile et risqué surtout quand l’on s’affranchit de toute éthique professionnelle. Et c’est la plainte au printemps 2010 de la propriétaire d’une maison qui va causer la perte de notre diagnostiqueur. La découverte d’amiante dans la toiture stoppe les travaux de rénovation entrepris par cette dame dans sa nouvelle maison. Or les diagnostics délivrés par notre faux diagnostiqueur n’en faisaient pas état. La propriétaire se retourne donc logiquement contre le professionnel auteur du diagnostic erroné.

Or, c’est tout à fait par hasard qu’Emmanuel Mullard, président de l’Unectpi et exerçant lui-même sur Beauvais, découvrira finalement le pot aux roses. « Nous avions déjà eu quelques doutes à propos de ses pratiques professionnelles. Certains de ses Crep indiquaient des mesures incohérentes, se rappelle-t-il. Et quand, en août 2010, j’ai croisé par hasard un ami avocat et qu’il m’a parlé d’un recours contre un diagnostiqueur certifié par le Cesi, j’ai bien sûr tout de suite compris que son certificat de compétences était un faux ».  Son attestation d’assurance l’était tout autant.

Entretemps notre diagnostiqueur, devenu plus à l’aise financièrement, a obtenu de vraies certifications chez un organisme accrédité. Des certifications qu’il ne conservera que quelques mois toutefois puisque ses agissements frauduleux vont rapidement être portés à la connaissance de son certificateur.  

On aurait pu penser que Christian D., après des premiers pas aussi chaotiques dans son nouveau métier, allait revenir plus prudemment à la maçonnerie. Non, décidément jamais à court de ressources, et alors même qu’il faisait l’objet d’une enquête de police, il aura le culot de repasser ses certifications chez un deuxième organisme accrédité. Informé du jugement, ce dernier vient de les lui retirer à son tour.  

Le nom du vrai faux diagnostiqueur n’apparaît plus dans l’annuaire officiel du MEEDTL. Provisoirement ?

(Source diagnostiqueur-immobilier.fr)